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Nörrkoping, l’hiver.
La procureure Jana Berzelius arrive sur la scène du meurtre d’un haut responsable de l'immigration en Suède, assassiné dans sa maison, au bord de la mer Baltique. Le tueur n’a laissé aucune trace. Étrangement, les seules empreintes que l’on retrouve sont celles d’un enfant – or, la victime n’en a pas… Quelques jours plus tard, le meurtrier est identifié. Mais il est mort. On retrouve son corps sur un rivage désolé, l’arme tout près de lui. Il s’agit bien d’un enfant. Signe particulier, il présente sur la nuque une scarification énigmatique.
Ce nom, gravé grossièrement à même la chair, provoque brutalement chez l’impénétrable Jana, pourtant réputée insensible et glaciale, un véritable séisme intérieur. Car elle porte la même scarification à la base du cou. La marque d’un passé qui ne lui revient que par flashes incontrôlables...


Le lecteur pourrait voir en Marquée à Vie un énième polar suédois comme on en voit maintenant un peu partout : ambiance froide, des protagonistes peu bavards, un livre où il ne se passe pas grand chose...
Ici, c'est tout l'inverse. On sent bien qu'Emelie Schepp a utilisé sa formation en écriture de scénario pour choisir des dialogues et des scènes d'action à des descriptions à rallonge et des personnages torturés dans leur silence.
Jana est une héroïne au passé trouble et on va avancer dans le dénouement de l'intrigue en même temps qu'elle.
Le choix d'une narration parallèle amène le lecteur a douter de ce qu'il croit au début, avant de finalement se prêter au jeu et essayer lui aussi de deviner ce qui a bien pu advenir de la petite fille aux parents assassinés.
Marquée à Vie se dévore en quelques heures et renouvelle le genre du thriller nordique en optant pour un style plus enlevé. Loin de rester sur sa faim, on attend pourtant la suite des aventures de Jana, dont le passé est loin d'avoir révélé tous ses mystères...

Vendredi dernier, j'ai eu la chance d'avoir été conviée, avec d'autres blogueurs, à un petit déjeuner au Café Louise en compagnie d'Emelie Schepp, venue sur Paris pour le salon du livre. Elle s'est prêtée au jeu des questions/réponses avec beaucoup de détails...

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Son parcours

Emelie Schepp nous a parlé de son passé de chef de projet dans la publicité. Elle y rédigeait de cours articles de marketing, mais elle envisageait de rédiger des textes beaucoup plus long que de simples argumentaires. C’est ainsi qu’elle a suivi des cours d’écriture scénaristique. Vu la difficulté à produire des longs-métrages en Suède, elle s’est donc tournée vers l’écriture d’un roman, pour n’être freinée ni par l’argent, ni par le nombre de pages.

Pour trouver du temps pour écrire, en plus de son travail dans la publicité, elle a d’abord commencé par se lever à 4 heures du matin. "Mauvaise idée". Elle a vite laissé tomber. Elle a alors dédié ses soirées à la rédaction de son livre, éteignant sa télévision et son portable pour se couper des réseaux sociaux et se dégager du temps.

Six mois plus tard, elle a envoyé son manuscrit aux éditeurs. Elle a très vite reçu une réponse négative. Elle a relancé les autres éditeurs qui lui ont avoué ne pas avoir eu le temps de lire son roman. Encore six mois plus tard, elle décide de se débrouiller seule et opte pour l’autoédition.

Elle sort son roman en livre de poche, et à force d’actions marketing auprès des lecteurs et des distributeurs, elle atteint, quelques mois plus tard, le nombre de 40 000 exemplaires vendus.

Elle est persuadée qu’il y a énormément de romans qui attendent d’être publiés. Grâce à l’auto-édition qui est en plein essor, les écrivains parviennent à se faire remarquer. C’est ce qui lui est arrivé quand HarperCollins lui a voulu racheter Marquée à Vie. Son livre est aujourd’hui sorti dans 29 pays, à plus d’un million d’exemplaires.

Le personnage de Jana

Elle est tombée un jour sur un article parlant d’enfants soldats, le processus de lavage de cerveau par lequel ils sont passés avabt de les former à tuer. Cette idée de base a trouvé son point de départ grâce à un flash d’informations sur l’accident d’un camion transportant des sans-papiers dans des conteneurs. Elle avait besoin d’un enfant sans attaches, et elle a utilisé ce fait divers pour développer son personnage et pouvoir l’entraîner à devenir un assassin sans avoir de famille encombrante. "Difficile de pouvoir recruter un futur assassin en toute discrétion quand ses parents ont alerté la police et lancent des avis de recherche !"

Jana, quant à elle, a une double personnalité : procureur de talent et réputée pour son professionnalisme, elle n’hésite pas à enfreindre la loi et tomber dans la violence pour protéger son secret.

Le processus d’écriture et la promotion de ses livres

Emelie Schepp utilise toujours deux trames parallèles, l’une inspirée de la réalité, l’autre tout droit sortie de son imagination. L’environnement colle toujours au réel.

Deux amis policiers haut-gradés la conseillent et la corrigent en cas d’erreur. Elle fait des recherches sur le moindre détail. Plus à l’aise pour écrire de vrais dialogues que des discours intérieurs, elle préfère l’action à la description. Elle se dit être le fruit de la littérature suédoise, mais elle veut donner sa vision des choses, puisqu’il y a des lecteurs pour tous types de thrillers. Elle utilise de nombreux réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) pour faire la promotion de ses livres. Une présence multiple est obligatoire si l’on veut toucher un maximum de monde. Elle s’est rendue compte que le public aimait apercevoir des instantanés de sa vie d’écrivain. Rencontrer ses lecteurs lui apporte un immense plaisir, et si eux l’apprécient en retour, le bouche à oreille n’en sera que meilleur.

Les gens peuvent trouver ennuyeux qu’elle parle tout le temps de son livre comme d’un produit, mais si elle veut continuer à écrire, elle doit vendre ses romans. Ce n’est pas dur d’imprimer un livre... le travail vient ensuite : rencontrer les diffuseurs en personne, toujours avoir un de ses romans avec soi pour le donner si l’occasion se présente (Lee Child l’a accepté en la serrant dans ses bras lors d’un festival policier). Le plus important est d’avoir une bonne histoire, et une bonne visibilité.

"En Suède, il y a un phénomène Schepp, et tout le monde reprend ma technique de marketing !"

Et le quotidien, dans tout ça ?

Elle lit, ou plutôt écoute (le livre audio est très répandu dans son pays) beaucoup de thrillers. Elle adore les block-busters comme La Mémoire dans la Peau et serait ravie qu’on lui propose d’adapter son roman, même si elle pense qu’une série télé serait un format plus adapté pour raconter l’histoire de Jana. Ses séries du moment sont The Fall, The Bridge, American Crime Story...

Son mari la suit souvent en tournée promotionnelle pendant que ses parents gardent ses enfants. Le couple se balade quotidiennement dans la forêt proche de chez eux, et ils échangent leur point de vue sur diverses questions criminelles (elle se sert d’ailleurs de son mari comme cobaye pour reproduire certaines scènes en réel), sous les regards médusés des promeneurs...

J'adresse un immense merci à HaperCollins pour m'avoir redonné goût à la littérature Suédoise et m'avoir permise de rencontrer Emelie Schepp !