La Pause Lecture

23 avril 2020

Le complexe du loup-garou, de Denis Duclos

complexe

Présentation de l’éditeur :

Pourquoi y a-t-il autant de " serial killers " aux États-Unis ? Pourquoi la " production culturelle " américaine (film, télévision, livres) est-elle aussi imprégnée de violence et de cruauté ? Est-il vrai que le spectacle de la violence imaginaire encourage le déchaînement des instincts violents ? Mais aussi : pourquoi la double figure du Dr Jekyll et de Mr Hyde, ou encore le complexe du loup-garou, sont-ils aussi présents dans la culture nord-américaine ? En se répandant mondialement, cette culture aurait-elle le pouvoir de multiplier parmi nous les appétits meurtriers et les obsessions macabres ?
Denis Duclos apporte ici une réponse inattendue à cette énigme, grâce à une enquête approfondie au cœur de la culture de la terreur. Il montre que la représentation de la violence à l'écran est d'abord le reflet d'une conviction mythique propre à la culture américaine : pour elle, la société n'est qu'un rempart précaire contre l'animal tapi en nous. Chez les tueurs en série comme chez les personnages sanglants de la fiction, elle ne fait que répéter les figures héroïques des sagas nordiques, les " Bersekr ", ces guerriers fous toujours tentés de se métamorphoser pour massacrer leurs propres familles. C'est ce fantasme qui lui fait accepter, en contrepartie, la surveillance automatisée, pour stopper le déviant, et qui explique en partie l'hypertrophie du droit aux États-Unis.


Mon avis :

Le livre est paru en 2005, et à ce jour, la violence a fait un bon en avant dans la pop-culture : qui n'a pas abandonné la série Walking Dead après la mort atroce de Glen ou après l'affaire des cannibales ? Les féministes se sont révoltés du viol de Sansa dans Game of Thrones, mais tout le monde a râlé devant le manque de sang des dernières minutes de la série, décrétant que ce n'était pas assez réaliste.
Après les années soixantes, soixante-dix où la violence de films tels que Massacre à la Tronçonneuse, L'Exorciste ou La Nuit des Morts Vivants les ont directement classés dans la catégorie horreur (bizarrement, le film Délivrance a échappé à cette malédiction), le 21ème siècle se détache de plus en plus de cette mise à l'écart en laissant la part belle, que ce soit au cinéma ou à la télé avec des séries, au sang, à l'angoisse, à la violence, à l'horreur.
Peut-être est-ce dû à une escalade savamment dosée (dans Walking Dead par exemple, ce sont d'abord les zombies les méchants, l'immonde vient plus tard, les scénaristes n'ont pas osé lâcher les cannibales avant la saison 5), qui fait avaler une horreur de plus en plus grosse sans que l'on s'en aperçoive, ou bien sous couvert d'une réalité historique (au Moyen-Age, c'était pas la joie, la guerre c'est moche, les Vikings sont des barbares sanguinaires).

La violence est clairement devenue un atout esthétique, tout comme le super "cute" pour certains (il n'y a qu'à voir l'engouement pour Animal Crossing, de nouveaux gamers youtubeurs sont partis à l'assaut des tops influenceurs en proposant des vidéos tuto sur le relooking de ses personnages).

L’auteur compare les tueurs en série à des êtres mythologiques, et va très vite jusqu’à leur donner l´étiquette de loup-garou. Qu’est-ce qu’un loup si ce n’est un homme qui devient une bête à la pleine lune, et ne se rappelle absolument pas de ses actes passée cette folie ? Cela pourrait s’appliquer aux meurtres passionnels parmi tant d’autres, vous savez, ce coup de folie que l’on regrette par la suite...
Mais quand on voit avec quelle facilité beaucoup de tueurs en série parlent de leurs actes (Stéphane Bourgouin en interviewé des dizaines), avec quelle délectation ils décrivent ce qu’ils ont fait subir à leur victime, on se rapprocherait beaucoup plus du mythe du vampire, tel que Bram Stoker l’a décrit dans son Dracula, un être à la conscience déviante, pour lequel les lois et la morale ne sont qu’un concept social étranger.

L’essai échoue par ses raccourcis faciles et ses incohérences et peine à sortir du cadre cinématographique et de ses tueurs en série.
Si l'on décide de faire un essai sur la violence américaine, il ne faut pas se contenter des tueurs en série et des films qui en parlent, l'horreur revêt de nombreux visages...

Pour citer quelques exemples qui fâchent :
- les jeux de rôles ne pervertissent pas les jeunes esprits. Ce n'est pas parce que certains tueurs y jouaient que l'on doit y voir la route toute tracée vers la folie. On ne peut pas réduire ces jeux à des suites de meurtres commandités par un scénario barbare. Qu'en est-il des autres media, à peine éfleurés, comme la musique, les bandes-dessinées, les mangas ?
- Le réalisateur de La Famille Addams se serait inspiré de Kemper jouant avec une guillotine lorsqu’il était enfant pour la scène qui a rendue iconique Mercredi, alors que le film est tiré d’une série d’illustrations de Charles Addams parue dans le New York Times. Le dessin de Mercredi Addams jouant avec une guillotine aurait été publié dans les années 40, peut-être même avant la naissance du tueur.
- L’auteur voit en l’explosion de pouvoirs de Carrie, le roman de Stephen King, une révolte face au corps devenue impur de la jeune femme...
- "{Comme un adolescent attardé (et écrivant pour eux), Stephen King affectionne les expressions scatologiques}"

Beaucoup d’interprétations sont tronquées pour coller à son postulat de départ : le tueur en série, tel un loup-garou, est dominé par son côté bestial. Denis Duclos y voit presque une malédiction tout ce qui a de plus poétique.
Mais ce serait limiter la folie de ces tueurs à une simple équation : violence dans l'enfance + côté lunatique = meurtre en série chez l'adulte.

Il y a de nombreux types de folies, à des degrés divers. Pour prendre comme exemple la télé ou les jeux :
- La groupie qui craque pour un acteur qui a passé beaucoup d’heures en salle de sport pour tenir un rôle de héros musclé et courageux, qui va hurler {Jamie } en pleine rue quand elle l’aperçoit, vit un rêve.
- Le fan hardcore de Walking Dead qui menace de mort Josh McDermitt parce qu’il campe un personnage pas très sympatique, a du mal à faire la différence entre fiction et réalité.
- Les filles qui ont tué une camarade parce que le Slenderman leur avait ordonné de le faire sont clairement tarées et mettront tout ça sur le dos de leur jeunesse naïve.
- Et que dire du tueur qui torture et assassine en toute connaissance de cause, de manière régulière et plutôt bien organisée ?

Le livre de Denis Duclos ne répondra pas à cette question, ni à celle concernant notre fascination pour la violence, il s’agit plutôt ici d’un long exposé, sur SA fascination envers les serial killers, un listing des meurtres et des films qui s'en rapprochent de près ou de très loin.

Posté par Emma666 à 13:42 - Commentaires [1] - Permalien [#]


18 mars 2020

Angry Birds : copains comme cochons

AngryBirds2-Banniere-800x445

Synopsis :

Les oiseaux et les cochons continuent de se battre sans relâche. Mais la menace d’un nouvel adversaire vient perturber les voisins ennemis. Red, Chuck, Bombe et l’Aigle Vaillant recrutent Silver, la sœur de Chuck et s’associent aux cochons Léonard, son assistante Courtney et Garry (le geek), pour former une équipe improbable et tenter de sauver leurs foyers !


Vous n'avez pas vu le premier opus ? Vous n'avez jamais joué au jeu vidéo Angry Birds ? Pas de problème. Le postulat de base est assez simple : des cochons et des oiseaux se foutent sur la tronche à longueur de journée, en se propulsant chez le voisin grâce à une catapulte. Chaque oiseau a sa particularité : la rapidité, l'explosion, etc.
Une troisième île sort de la brume quand ses habitants, des oiseaux de proie, expédient des projectiles glacés sur les oiseaux et les cochons. Ces derniers vont devoir faire équipe pour déjouer les plans de ces nouveaux adversaires...

Bon, on va pas se mentir : adapter en film un jeu aussi simple et pas du tout sérieux qu'Angry Birds, ça peut être assez casse-gueule. Il faut séduire les enfants, certes, mais pas transformer la sortie au cinéma en un calvaire pour les parents ! Il faut de tout dans les comédies actuelles et à venir, mais pour les plus jeunes, cela devient vite trop "enfantin".
Le début du film pouvait laisser envisager le pire : le scénario était si léger et les personnages si stéréotypés qu'il devenait difficile de se concentrer dessus.
Et arrivent les premiers éléments à destination des adultes. Les dialogues deviennent beaucoup plus dynamiques et les blagues fusent. Les situations alternent l'humour pipi-caca (vive la morve de cochon) avec les insinuations subtiles (alors, que dites-vous du speed-dating pour faire la connaissance de votre âme-soeur ?).
On lâche alors ce que l'on était en train de faire pour se concentrer sur le film.

Le son est bien mixé (pas trop de boucan pour les scènes d'action, comme souvent sur les Blu-ray), mais c'est l'image qui révèle toute sa beauté grâce à cette technologie. Les grains de sable, les plumes sont montrés dans le plus infime détail, et le travail d'animation dévoile ici toute sa richesse.

Alors quand tous les ingrédients sont réunis pour une expérience réussie, on se rassoit devant la télé, et on profite de l'intrigue principale, mais surtout de la quête des oisillons les plus mignons du monde !

Evidemment, la fin ne donne pas dans le game over, et même les glaçons ont droit à un happy-end. C'est drôle, mignon, parfois salace. Bref, une bouffée de fraîcheur !

Et si vous aussi, vous voulez prendre part à l'expérience Angry Birds, vous pouvez construire votre propre volcan cracheur de lave, ou même préparer de délicieuses bombes au pop-corn.
Vous pourrez également assister à une vidéo live de Silver et Red qui font face à une avalanche de commentaires des internautes...

Après ce film qui figurera probablement dans le top des films en ce début d'année, peut-être verra-t-on naître en film Plant VS Zombies !

Le film, édité par Sony Pictures France (Page Facebook de Sony), est disponible en Blu-Ray, Blu-Ray 4K Ultra HD, DVD, coffret Angry Birds 1 et 2, et VOD depuis le 19 février.

Posté par Emma666 à 15:47 - Commentaires [1] - Permalien [#]

11 mars 2020

Grisha, tome 1, de Leigh Bardugo

grisha1

Présentation de l’éditeur :

OMBRE. GUERRE. CHAOS. Un royaume envahi par les ténèbres. Une élite magique qui se bat sans relâche contre ce mal. Des citoyens envoyés en pâture aux créatures qui peuplent le Shadow Fold. Parmi eux : Alina Starkov.

ESPOIR. DESTINÉE. RENOUVEAU. L’avenir de tous repose sur les épaules d’une orpheline qui ignore tout de son pouvoir. L’Invocatrice de lumière.

Mon avis :

Alina a passé toute son enfance dans un orphelinat. Elle a été abandonnée par ses parents, a échoué au test pour devenir Grisha, est pâle, frêle, a des cernes, et ne croit pas du tout en elle. Heureusement qu'elle a encore son meilleur ami, Mal, celui qui fait battre son coeur depuis toute petite.

Lors d'une expédition dans le Shadow Fold, cet océan de ténèbres créé par le plus puissant des Grisha, Alina, en tentant de sauver la vie de son ami, révèle un pouvoir jusque-là insoupçonné. Le Darkling va alors l'arracher à sa vie sans espoir et l'envoyer dans l'académie des Grishas pour la façonner...

Voilà un scénario qui n'a vraiment rien d'original : une héroïne quelconque qui ne croit pas en elle, se dénigre à chaque page et qui finalement est la plus puissante du royaume, un triangle amoureux avec deux prétendants que tout oppose, la meilleure amie qui lui offre un relooking complet, etc.
Et pourtant, la magie fonctionne. Le lecteur se voit offrir de somptueuses descriptions, que ce soit pour l'architecture, les vêtements et les coiffures (oui, là, on subit peut-être un peu trop le côté "girly" de l'écrivain), et même la gastronomie.
Le monde imaginaire, le Grishaverse, créé par Leigh Bardugo, a une esthétique vieille Russie très intéressante, et facilite l'immersion dans cet univers grâce à ses repères riches en renseignements.

L'écriture de l'auteur laisse également la part belle aux scènes d'action. Pas de souci d'incompréhension lors des combats, le lecteur visualise parfaitement les mouvements et ne perd pas d'indices au passage. Les dialogues sont justes et efficaces, il n'y a pas de dérive dans le questionnement amoureux, souvent lassant dans ce genre d'intrigue.

Au final, ce premier tombe est une belle incursion dans l'univers créé par Leigh Bardugo, et peut d'ailleurs se lire indépendamment de la saga Six of Crows.
Même si l'histoire n'est pas une franche découverte, son développement et l'art de conteuse de l'auteur donneront envie de découvrir la suite.

Posté par Emma666 à 17:48 - Commentaires [0] - Permalien [#]

29 février 2020

Le Réseau Alice; de Kate Quinn

Alice

Présentation de l’éditeur :

Un an après le début de la Grande Guerre, Eve Gardiner brûle de prendre part à la lutte contre les Allemands et est recrutée comme espionne. Envoyée dans la France occupée, elle est formée par Lili, nom de code : Alice, qui dirige un vaste réseau d’agents secrets pour lutter contre l’ennemi.

Trente ans plus tard, hantée par la trahison qui a provoqué le démantèlement du réseau Alice, Eve, devenue alcoolique, vit recluse. Jusqu’au jour où Charlie, une jeune étudiante qui souhaite retrouver sa cousine disparue en France pendant la dernière guerre, déboule chez elle en prononçant un nom qu’elle n’a pas entendu depuis des décennies. Leur rencontre les entraînera dans une mission visant à découvrir une vérité trop longtemps enterrée.


Mon avis :

Quand on parle de résistance, on pense tout de suite à l'armée des ombres qui a oeuvré pendant la seconde guerre mondiale.
Mais il y en a eu une, bien moins connue, qui a participé à la libération de la France et a mis fin à la guerre des tranchées. On ne parlait pas d'ailleurs de Résistants, mais plutôt d'espions.
Eve Gardiner, parce qu'elle parle couramment Anglais, Allemand, Français, et qu'elle passe pour quelle conque du fait de son bégaiement, est recrutée par l'armée britannique et formée pour devenir un agent susceptible de recueillir et de transmettre des informations recueillis à la table des officiers ennemis.

Des années plus tard, en 1947, une jeune femme cachant un Petit Problème, déserte la surveillance maternelle pour partir à la recherche de sa cousine disparue pendant la seconde guerre mondiale.

Quel est le lien entre ces deux guerres pour ces femmes que tout oppose ? Il faudra attendre les dernières pages de ce roman dense, passionnant, tant du point de vue historique que féministe.
Alternant les années 1910 et l'après conflit, on découvre le quotidien de ceux qui restent. Des blessures physiques, et celles, vicieuses et incomprises des combattants survivants traumatisés, le sacrifice passé de ces héroïnes qui ont risqué leur vie et perdu beaucoup, et la remise sous tutelle de ces femmes qui ont pu se débrouiller sans homme pendant toutes ces années.
Elles ne peuvent ouvrir un compte en banque sans l'accord de leur père ou de leur mari, et vivent dans la honte quand un enfant est né hors mariage.

Dès lors, les anciennes espionnes qui ne devraient plus rien avoir à prouver utilisent leurs talents oubliés pour continuer à survivre... Le roman prend alors une dimension bien plus rocambolesque, voire comique pour certaines scènes.
Mais très vite, le besoin d'en savoir plus sur le destin de ces femmes nous pousse à replonger dans l'angoisse et l'horreur.

En conclusion, Le Réseau Alice est une histoire à connaître, servie par une écriture qui invite à tourner pendant de longues heures des pages truffées de détails aussi précieux qu'ignobles.

Posté par Emma666 à 20:03 - Commentaires [1] - Permalien [#]

03 février 2020

A Juliette, de Fabienne Le Clauze

Juliette

Présentation de l’éditeur :

« Quand ma fille Juliette s'est suicidée, j'ai été dévastée, anéantie. Pourquoi une jeune fille de quatorze ans décide-t-elle de mettre fin à ses jours ? Je me suis sentie totalement coupable, je n'avais pas su protéger ma fille. Comment survivre à la mort de son enfant ? »
Par cette lettre ouverte à sa fille, l'auteur exprime comment elle a apprivoisé l'absence, le silence, la souffrance ainsi que le sentiment d'impuissance éprouvés suite à sa disparition. Comment elle a découvert en elle une force inconnue mais surtout a appris à se reconnecter à des émotions enfouies, à la confiance en soi et à la bienveillance.
« Même si la tempête s'est calmée, si les vagues de fond sont de plus en plus éloignées, je sais que le chemin n'est pas fini, il faut énormément de temps pour faire le deuil de son enfant. Il faut accepter notre impermanence. »


Mon avis :

Des parents aimants, des enfants précoces nés dans un milieu aisé, suivis régulièrement par un psychologue dès qu'un problème se présente dans la vie personnelle... Alors pourquoi Juliette s'est-elle jetée sous un train après une énième dispute avec son copain ?

Fabienne Le Clauze, page après page, retrace le chemin qu'elle a dû d'abord escalader, puis explorer pour remonter à la surface, un bout de coeur en moins.
Elle a sombré dans le noir ce deux février. En la personne de Patrick Poivre d'Arvor, dont la fille Solenn s'est suicidée comme Juliette, elle a trouvé un confident, un guide. C'est lui qui signera la préface de ce témoignage bouleversant, qui anéantira votre stock de mouchoirs.
Oui, il faut avoir le coeur bien accroché pour lire ces quelques pages, tant les détails sont aussi insoutenables que la décision malheureuse de Juliette. La mère se sent seule face à son chagrin, incapable de conjuguer avec le reste de sa vie la perte de sa petite fille, incapable d'envisager la façon dont son entourage essaye de surmonter l'épreuve.

A Juliette est le témoignage d'incompréhension puis d'amour de Fabienne Le Clauze pour sa fille, c'est à elle qu'elle s'adresse directement en utilisant la deuxième personne du singulier. Et pourtant, le lecteur ne se sent pas de trop, ni voyeur. Peut-être ce livre aidera-t-il d'autres parents qui malheureusement subissent une telle perte... mais c'est en le lisant que l'on comprend tout le chemin traversé, ce besoin de coucher sur papier ce que l'on ne peut exprimer à haute voix, ce travail de laisser une trace à tout prix.

L'écriture n'est pas clinique, mais ne tombe pas pour autant dans la dérive si larmoyante du pathos. L'auteur nous laisse sans plus de larmes à verser, juste hébétés. La douleur est telle qu'elle doit être partagée pour pouvoir être supportée.

Posté par Emma666 à 18:10 - Commentaires [2] - Permalien [#]


21 janvier 2020

Les dernières heures, de Minette Walters

 

walters

 

Présentation de l’éditeur :

Mois de juin de l'an 1348 : une épidémie monstrueuse s'abat sur le Dorset et décime peu à peu les habitants. Nobles et serfs meurent par milliers dans d'atroces souffrances.
Quand la pestilence frappe Develish, Lady Anne a l'audace de nommer un esclave comme régisseur. Ensemble, ils décident de mettre le domaine en quarantaine pour le protéger.
Bientôt, les stocks de vivres s'amenuisent et des tensions montent car l'isolement s'éternise. Les villageois craignent pour leur sécurité lorsqu'un événement terrible menace le fragile équilibre. Les gens de Develish sont en vie, mais pour combien de temps encore ? Et que découvriront-ils quand le temps sera venu pour eux de passer les douves ?


Mon avis :

Quoi de plus alléchant comme thème que la Peste noire, la bubonique, celle qui a décimé près de 50 % de la population européenne au Moyen-Age ?

Minette Walters qui s'adonnait jusqu'à présent à l'écriture de thrillers, se lance désormais dans le roman historique (et crade). L'intrigue est simple : un village tente de survivre à l'épidémie en se coupant du monde extérieur, enfermé dans l'enceinte du château.

C'est aux heures les plus sombres que les hommes se révèlent. Sir Richard, le maître du domaine, est gras, illettré, stupide, vantard et violent. Il est le premier à succomber à la peste noire. Cette maladie qui peut tuer en quelques heures dont on ne sait rien alors. Se soigner autrement que par des prières est considéré comme hérétique à une époque où l'hygiène est quasi inexistante.
Lady Anne prend alors la tête du domaine et impose des règles incongrues qui vont pourtant sauver les serfs.

L'auteur s'est mis à l'histoire en jalonnant son texte de termes moyen-âgeux (sans pour autant utiliser le phrasé, exercice assez périlleux pour les néophytes), d'indices sociologiques et anthropologiques riches en enseignement.
La relation des serfs envers leurs seigneurs est particulièrement développée, d'autant plus que l'un des personnages principaux voit son rang s'élever soudainement.

Malheureusement les personnages sont pour la plupart des stéréotypes : la fille mal élevée caractérielle, la maîtresse de domaine courageuse, intelligente et irréprochable, le héros sombre et torturé. On pourrait passer outre ces facilités si l'auteur ne revenait sans cesse à la description de leur personnalités.

Les dernières heures est le premier tome d'une saga médiévale où l'intrigue démarre sur les chapeaux de roue, mais qui tourne en rond par la suite. 528 pages denses à engloutir difficilement d'une traite. Il n'y a que peu de développements (un meurtre par-ci, un pillage par là) et le suspens s'en trouve amoindri.
Le lecteur, tout comme les serfs enfermés au château attendent de voir ce qu'il va se passer. La patience est mise à rude épreuve, mais la richesse des connaissances engendrées sur cette période à peine exploitée de l'histoire vaut le détour.

Posté par Emma666 à 17:01 - Commentaires [0] - Permalien [#]

20 janvier 2020

Le parfum de la trahison, d'Erin Beaty

le-parfum-de-la-trahison-1115585-264-432

Présentation de l’éditeur :

Faites tomber les masques... sans jamais abaisser le vôtre !
Ayant prouvé sa valeur en tant qu'espionne et entremetteuse prodige, Sage Fowler est désormais bien introduite dans la haute société grâce à son titre de préceptrice des filles du roi. Quand elle apprend qu'une expédition secrète se prépare, elle saisit cette chance de servir une fois de plus son royaume – et de retrouver par la même occasion l'homme qui est désormais son fiancé, le capitaine Alexander Quinn. Chargée de l'éducation du prince Nicholas, elle observe avec beaucoup d'intérêt la toute nouvelle unité d'élite. Mais l'audace de la jeune fille n'est pas du goût d'Alexander, et leurs relations s'enveniment...

Quand le capitaine, poussé par des raisons connues de lui seul, franchit la frontière voisine au risque de créer un grave incident diplomatique, tout bascule. Sage n'a plus le choix : avec pour seules ressources son don pour les langues et une connaissance approfondie de l'adversaire acquise à la capitale en qualité d'espionne personnelle de la reine, elle doit trouver le moyen d'éviter une nouvelle guerre...


Mon avis :

Après un premier tome d'une fantasy médiévale riche en aventures, Erin Beaty apporte une nouvelle touche colorée à sa saga, en nous faisant voyager dans de nouvelles contrées.
L'ambiance orientale est l'honneur ici, forte de ses coutumes, épices et parfum. Nos deux héros en viennent à s'affronter pour assurer la suprématie d'un royaume pour l'un, pour protéger une paix fragile pour l'autre.

L'auteur est loin d'avoir écrit une simple suite à un premier roman passionnant. Elle développe un univers en s'appuyant sur celui que les cours d'histoire nous ont fait connaître. Les luttes de pouvoir, les complots et non-dits sont nombreux, et les enjeux personnels des protagonistes reflètent ceux des grandes nations.

Les sentiments sont présents, sans pour autant prendre le pas sur l'action, exceptionnellement orchestrée. Sage peine à communiquer avec son fiancé et les tensions qui s'en suivent compliquent leurs missions respectives.
L'écriture de l'auteur est un atout particulier pour le succès de ces aventures.

Par le biais de la fantasy, Erin Beaty aborde des sujets d'actualité, comme les négociations internationales, le féminisme, ou encore les traumatismes que les soldats ont du mal à surmonter.
Que peut-elle encore nous réserver pour le troisième tome ?

Posté par Emma666 à 16:28 - Commentaires [0] - Permalien [#]

02 janvier 2020

Un cancer pas si grave, de Géraldine Dormoy

uncanceer

Présentation de l’éditeur :

Je pressens que cette journée est cruciale dans ma vie, qu'il y aura un avant et un après, que demain, je penserai déjà autrement. Je souhaite me souvenir de tous les états par lesquels je vais passer. Je ne fais pas confiance à ma mémoire. Enfant, j'écrivais dans des journaux intimes que je finissais toujours par jeter, convaincue que ce que j'y avais écrit n'avait aucun intérêt. Aujourd'hui, je regrette de ne pas savoir ce que je pensais quand j'avais 12 ans. J'en ai 41, ma vie est en train de basculer, cette fois, je ne ferai pas la même erreur.

Bien sûr, il y a l'annonce de la maladie et les traitements. Mais Géraldine Dormoy raconte aussi l'évolution de son rapport au monde. Apprendre à ne rien faire, accepter ses sensations, se recentrer sur l'essentiel : voilà sa mission. Douze mois d'un journal intime riche d'enseignements pour toutes et tous, malades ou bien portants.


Mon avis : 

Lors d'un contrôle de routine, Géraldine Dormoy apprend qu'elle a une tumeur dans le sein. Après la terrible annonce vient le moment de combattre cette maladie par tous les moyens : mastectomie, chimiothérapie, rayons, etc.
La chef de la rubrique mode à l'Express tient d'abord un journal de sa maladie qu'elle ne perçoit pas comme telle. Elle a plutôt l'impression de se sentir enfin épanouie, elle qui a la chance de ne pas sentir de fatigue excessive, de nausée, et de ne pas perdre tous ses cheveux.

Ce livre est un parfait manuel de la parisienne en lutte contre un cancer du sein : promenades et footing dans la capitale, séances de yoga, chez son psy et la coiffeuse s'alternent admirablement avec les cures de chimiothérapie, la mise à jour de son blog et les rencontres avec d'autres malades.

A ne pas vouloir tomber dans le pathos, l'auteur tombe dans l'excès inverse. Elle énonce clairement et simplement ses faits et pensées, mais cette énumération rend l'écriture totalement exsangue. Peut-être est-ce dû à son métier de journaliste, qui tend à l'extrême objectivité. Elle a pris des notes tout au long de son traitement chirurgical et médicamenteux, et la retranscription a fini d'achever le détachement.

A lire ses lignes, nous avons l'impression que l'auteur a traversé toutes ses épreuves sans trop d'encombre (des footings après les séances de chimio !), et que le cancer du sein devient une étape nécessaire dans un cheminement de vie féminine.
Mais ce livre a le mérite de donner un ton beaucoup plus léger au cancer, tout en offrant des pistes de bien-être salutaire dans ces moments où les questions se bousculent et que le moral chute autant que les globules blancs, rouges, et les plaquettes.

Un nouveau témoignage à lire pour démystifier le cancer du sein, remercier les médecins et les infirmières, et donner de l'espoir pour une maladie malheureusement courante.

Posté par Emma666 à 17:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 décembre 2019

Le roi lion, réalisé par Jon Favreau

roilion

Synopsis :

Au fond de la savane africaine, tous les animaux célèbrent la naissance de Simba, leur futur roi. Les mois passent. Simba idolâtre son père, le roi Mufasa, qui prend à cœur de lui faire comprendre les enjeux de sa royale destinée. Mais tout le monde ne semble pas de cet avis. Scar, le frère de Mufasa, l'ancien héritier du trône, a ses propres plans. La bataille pour la prise de contrôle de la Terre des Lions est ravagée par la trahison, la tragédie et le drame, ce qui finit par entraîner l'exil de Simba. Avec l'aide de deux nouveaux amis, Timon et Pumbaa, le jeune lion va devoir trouver comment grandir et reprendre ce qui lui revient de droit…


Pitié, ne me tapez pas... Je n'ai jamais été fan du dessin animé, je ne l'ai vu qu'une fois, et je n'ai pas brandi mon chat en l'air quand je l'ai adopté. Il faut dire que les histoires avec de l'anthropomorphisme dedans, ce n'est pas trop mon truc (mis à part pour Winnie l'Ourson et Zootopie). Et puis les trais exagérés des dessins m'ont rendue frileuse.
Alors, avec Le Roi Lion en version presque réelle, avec Jon Favreau aux commandes, et Pharrell Williams à la production musicale, ça pouvait le faire, non ?

Rien de neuf dans le scénario, c'est toujours l'histoire d'un fils à papa qui fuit ses responsabilités jusqu'à comprendre que s'il fait la peau à son oncle, il reprend le royaume de Mufasa. Mais du fait qu'on est face à des images réalistes, les combats eux aussi, sont un peu plus violents que dans le dessin animé. Le son, surtout lorsque l'on visionne un blu-ray est impressionnant, les rugissements et les attaques beaucoup plus effrayantes. Nos chères têtes blondes vont peut-être avoir peur de leur héros préféré, pour une fois !

Le petit hic, par contre, c'est que lorsque l'on veut faire du réalisme avec des lions en image de synthèse, bah on se retrouve avec des lions qui n'ont pas beaucoup d'identité dans leurs mimiques. C'est surtout le style capillaire qui leur donne une personnalité. En fait, c'est clairement des animaux de documentaire. Pas de grimace, pas de visage larmoyant façon Chat Potté. Le souci de réalisme a fait perdre de l'humanité aux personnages, et crée une certaine distanciation malheureuse.

Allez tout de même vous balader dans les bonus du DVD, vous serez conquis après coup. Jon Favreau avait déjà tout du type sympathique, mais il a su formé une équipe de pointure, travailler de manière professionnelle, tout en laissant la bride lâchée sur ses collaborateurs.
Si pour Beyoncé et Donald Glover incarner Nala et Simba était une partie de plaisir question chanson, Seth Rogen (Pumbaa) a largement bénéficié d'un coaching musical de Pharrell Williams. 
Hans Zimmer avait enregistré la bande-originale de la première version dans un petit village africain et a pu voir les choses en beaucoup plus grand cette fois-ci (pour la petite anecdote, lorsqu'ils ont entendu la musique composée par Hans Zimmer et chantée par Lebo M pour l'ouverture du film, les réalisateurs du dessin animé ont changé l'introduction pour le célèbre regroupement des animaux, là où originellement le film devait commencer par un dialogue).

Mais ce qui change radicalement des autres films d'animation, c'est que la 3D n'a pas été développée sur des plans larges de paysages. Ce sont de véritables maps façon jeux vidéo qui ont été conçues. Ainsi, tout a été filmé dans cette réalité virtuelle. Les acteurs, les caméras et les drones oeuvraient dans un immense hangar et le résultat à l'image est bluffant. Le spectateur navigue littéralement dans le monde créé de toute pièce et ce choix rend la mise en scène beaucoup plus dynamique. On en viendrait presque à vouloir prendre bébé Simba dans nos bras tant ses poils ont l'air soyeux avec la finesse du blu-ray.

En bref, pour conclure, ce Roi Lion là m'a beaucoup plus plu que sa précédente version, même si des animaux qui parlent entre eux, c'est moins intéressant que les voir se foutre sur la gueule (et dans ce cas-là, ce n'est pas un gros mot, hein ?!)

 Le film, édité par Disney DVD (leur page Facebook), est disponible en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, Blu-Ray 4K UHD, Blu-Ray 4K UHD Steelbook et Édition collector depuis le 22 novembre, ainsi qu'en VOD et EST.

A retrouver, sur Cinétrafic :
-du ciné pour Noël
-dans un autre genre, toutes les productions françaises

Posté par Emma666 à 10:22 - Commentaires [1] - Permalien [#]

20 novembre 2019

D'après une histoire de Stephen King, de François Cau et Matthieu Rostac

 

Stephen King

 

Présentation de l’éditeur :

Les chiffres parlent pour lui : 350 millions d’ouvrages vendus depuis la publication de son premier roman en 1974, un corpus d'une cinquantaine de romans et deux cents nouvelles...
Stephen King, c’est aussi plus de 80 transpositions de ses écrits sur grand et petit écrans à travers le monde, ce qui fait de lui l’auteur vivant le plus adapté.
Son empreinte sur la pop culture, immense, indélébile, se manifeste à travers de multiples œuvres marquantes, du Carrie de Brian de Palma à la première saison de Mr Mercedes en passant par les chemins détournés du Shining de Stanley Kubrick. Ses excroissances télévisuelles (Les Vampires de Salem, « Il » est revenu...) ont traumatisé plusieurs générations.
Les projections de ses tropes sous toutes leurs formes ont balisé notre façon d'appréhender le fantastique, l'horreur... comme le cinéma d'exploitation dans son ensemble, de la série B à la série Z.
Pour écrire ce guide exhaustif, les deux auteurs ne se sont rien épargnés : les 4413 pages du cycle de la Tour Sombre, les 5 saisons de la série Haven, les 10 films de la saga des Enfants du Maïs, et même les 19 heures du soap opera indien vaguement inspiré de Ça.


Mon avis :

Cette anthologie suit l'ordre chronologique de publication des romans et nouvelles de Stephen King. Il n'est pas du tout construit film par film, mais par histoire. Ainsi, les pages dédiées à Carrie seront riches du film de Carpenter, mais également de ses suites ou remakes.
Ce choix de s'attacher d'abord à l'oeuvre mère donne un résultat assez interactif : l'histoire est résumée une seule fois, et l'accent est mis sur le travail d'adaptation. Les changements sont abordés et mis en valeur par le biais d'un pourcentage de fidélité par rapport aux écrits de Stephen King.

L'ouvrage comporte des photos de tournage, mais est également riche en illustrations, ce qui en fait bien plus qu'un objet de collection surfant sur la vague du succès actuel de l'auteur.

D'après une histoire de Stephen King sera consulté après chaque lecture d'un roman du maître de l'épouvante, afin de poursuivre son voyage, cette fois-ci à l'écran... On pourra tour à tour choisir un film ou une série, et se prendre au jeu de comparer ses résultats à ceux des auteurs de cette anthologie.

En bref, ce livre est un véritable régal pour les yeux et pour le coeur des fans, à lire d'une traite, au compte goutte après une séance ciné ou une lecture éprouvante, ou bien lors d'une soirée, lorsque vous mettrez au défit un de vos amis sur ses connaissances en nanars...

Posté par Emma666 à 17:02 - Commentaires [0] - Permalien [#]