La Pause Lecture

31 octobre 2019

Brightburn, réalisé par David Yarovesky

Brightburn

Présentation officielle :

Tori Breyer a perdu tout espoir de devenir mère un jour, quand arrive dans sa vie un mystérieux bébé. Le petit Brandon est tout ce dont elle et son mari, Kyle, ont toujours rêvé : c’est un petit garçon éveillé, doué et curieux de tout. Mais à l’approche de la puberté, quelque chose d’aussi puissant que sinistre se manifeste chez lui. Tori nourrit bientôt d’atroces doutes sur son fils. Désormais, Brandon n’agit plus que pour satisfaire ses terribles besoins, et même ses proches sont en grave danger alors que l’enfant miraculeux se transforme en un redoutable prédateur qui se déchaîne sur leur petite ville sans histoire...

La bande-annonce n'a pas vendu un rêve "maravellesque"... Le réalisateur a clairement fait le choix de créer un film d'horreur. Le méchant serait un petit garçon doté de super-pouvoirs, certes, mais il était quand même prévu de faire de cette histoire de Superman monstrueux un film d'horreur.
Alors franchement, je ne comprends pas le déluge de commentaires négatifs qu'il a reçu. Évidemment, ce ne serait pas un Disney plein d'effets spéciaux, un Avenger qui aurait choisi le côté obscur de la force...

Dès le début du film, on perçoit un problème chez le petit garçon. Les indices sont distribués pour faire comprendre au spectateur qu'il est loin de traverser une crise d'adolescence. Lorsqu'il commet ses premiers "désordres", on acquiesce, on accepte sans trop se poser de questions. C'est un psychopathe, peut-être un peu schizophrène (est-ce vraiment le vaisseau spatial qu'il entend dans sa tête ?), et les choses vont très vite dégénérer.

Les différents personnages sont relativement bien construits, et leur comportement logique : il est normal de ne pas penser immédiatement que c'est un gosse de 10 ans qui butte tout le monde avec des pouvoirs magiques, hein ?
Elizabeth Banks exprime parfaitement le combat intérieur d'une mère pour un enfant qu'elle aime et qu'elle sait être "à part". Jackson A.Dunn quant à lui, est phénoménal ! Il est tour à tour touchant et effrayant. Bien loin de tomber dans la catégorie des jeunes acteurs horripilants de mièvrerie ou de maturité feinte, il joue juste et prend tout le monde de court.

Bref, Brightburn est un excellent film d'horreur où les effets spéciaux sont subtilement dosés (pas de déluge de rayons laser ou de prouesses titanesques toutes les deux minutes), et où le méchant nous fait espérer une suite !

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25 octobre 2019

Retour à Zombieland

Zombiland2

Présentation officielle :

Le chaos règne partout dans le pays, depuis la Maison Blanche jusqu’aux petites villes les plus reculées. Nos quatre tueurs doivent désormais affronter de nouvelles races de zombies qui ont évolué en dix ans et une poignée de rescapés humains. Mais ce sont les conflits propres à cette « famille » improvisée qui restent les plus difficiles à gérer…


Mon avis :

Les héros de Bienvenue à Zombieland m'avaient autant manqué que les Twinkies à Tallahassee !
Dix ans après les avoir laissés affronter des clowns morts-vivants, nous les retrouvons face à des zombies "évolués" : certains sont silencieux, d'autres intelligents, et les derniers... ne veulent pas mourir.

Les personnages ont grandi (surtout Little Rock qui souhaite rencontrer quelqu'un de son âge, enfin !) et leurs désirs ont changé. D'autres survivants font leur apparition : il ne s'agirait pas de reproduire le premier opus à l'identique. Les enjeux sont légèrement différents.

L'humour est toujours présent, mais un peu plus lourd qu'auparavant : le comique de répétition n'est pas tout à fait maîtrisé, et les règles de Wichita risquent d'en lasser plus d'un !

Les clichés vont bon train ici (la blonde idiote, les nouveaux hippies pacifistes fumeurs de joint), mais ça ne gêne pas l'immersion dans le film.
Si le scénario tombe un peu trop souvent dans la facilité, la réalisation est soignée, les plans séquences sont fantastiques et rythmés par une bande originale métalleuse des plus réjouissantes. Et que dire de la performance de Woody Harrelson, magistral, qui n'éclipse pourtant pas ses partenaires, mais qui nous offre un show hallucinant.

Bref, Retour à Zombieland est ce qu'on attend d'une suite, l'originalité et la subtilité en moins... mais on s'en délecte autant que Tallahassee de ses Twinkies !

Petit conseil : restez pendant le générique...

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13 octobre 2019

Extinctions, la fin d'un monde ?

Extinctions

 

Présentation de l'exposition :

Présentation de spécimens d'espèces éteintes, focus local et international sur des espèces animales et végétales en danger, vidéos, photos et animations interactives : Extinctions, la fin d'un monde ? montre la fabuleuse diversité du monde vivant et l'interdépendance entre écosystèmes et espèces dans le monde naturel.
Elle éclaire le public sur la notion d'extinction et sur ce qu'elle recouvre, des cinq grandes extinctions de masse qu'a connues la Terre à celle qui s'annonce, ou pas.


Mon avis :

2012 est passée sans trop d'encombres. Les moustiques, grâce à leur voracité, ont permis à des riches passionnés de ramener à la vie des dinosaures. Un sans sans-abri a été en partie dévoré par un drogué qui a encaissé plusieurs balles avant de mourir.
La science-fiction nous prépare depuis des décennies à l'extinction du monde tel qu'on le connaît. Les causes sont diverses et toutes plus ou moins plausibles : un cataclysme, une pandémie, un bug informatique, des extra-terrestres qui ont à cœur de détruire la race humaine.
Qu'en est-il du futur réaliste ? Comment, quand la prochaine extinction va apparaître ?

crâne

 

Conçue par le Natural History Museum de Londres, l'exposition Extinctions, la fin d'un monde ? fait le bilan, à l'heure où l'humanité doit affronter ses erreurs écologiques, sur la disparition d'espèces végétales et animales. Des spécimens naturalisés provenant des quatre coins de la planète, ainsi que d'autres, locaux, en voie de disparition sont présentés dans cette galerie remarquable du musée de Toulouse.
On y apprend comment le Dodo s'est éteint au 17ème siècle sur l'île Maurice, victime de la déforestation et de l'appétit des animaux importés pour ses oeufs...
Le tigre à dents de sabre a vu ses proies se raréfiées, chassées par les humains (ça ne vous rappelle rien ? Les bisons d'Amérique ont subi le même sort, plus récemment).

tigre

 

En parallèle de cela, l'exposition montre comment certaines espèces ont survécu aux différentes catastrophes (comme le Ginko Biloba, ou la limule), ou se sont adaptées.
Un jeu vidéo permettra aux plus jeunes de s'essayer à la survie. Juste après, les crânes des différents hominidés ouvrira les yeux de beaucoup sur l'évolution humaine...

En bref l'exposition Extinctions, la fin d'un monde ? est nécessaire, sans être alarmiste. Parce que l'on doit se poser certaines questions, et que l'extinction ne touche pas seulement de mignons petits animaux, mais qu'elle s'attaque également à toute la biodiversité d'un milieu (asséchez une mare, et ce ne sont pas que les grenouilles qui la peuplent qui vont disparaître).
Le visiteur en sortira très certainement changé. Ce qui peut paraître idyllique peut conduire à des dérives environnementales (le véganisme n'offre plus de place pour le développement d'espèces liées à l'élevage), et ce qui est mal vu est finalement salvateur (beaucoup de zoos gardent en vie les derniers spécimens de races bientôt disparues).

homo



Après l'exposition, perdez-vous dans les dédales du Musée, où vous pourrez admirer les beautés amazoniennes, compter le nombres impressionnant de squelettes (humains ou non), ou étudier la richesse de collections d'araignées, d'insectes fantastiques, ou même... de crustacés.


Fiche technique :

Exposition Extinctions, la fin d'un monde ?
Date : du 9 octobre 2019 au 28 juin 2020
Lieu : sous-sol du Muséum de Toulouse
Tarifs : Exposition temporaire seule : 7 € - tarif réduit : 5 € - gratuit pour les moins de 6 ans ; exposition temporaire + exposition permanente : 9 € - tarif réduit : 7 € - gratuit pour les moins de 6 ans

Accès au Muséum de Toulouse
35 allée Jules-Guesde - 31000 TOULOUSE

Muséum de Toulouse : www.museum.toulouse.fr

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09 octobre 2019

Aladdin, réalisé par Guy Ritchie

 

aladdin

 

Synopsis :

Quand un charmant garçon des rues du nom d’Aladdin cherche à conquérir le cœur de la belle, énigmatique et fougueuse princesse Jasmine, il fait appel au tout puissant Génie, le seul qui puisse lui permettre de réaliser trois vœux, dont celui de devenir le prince Ali pour mieux accéder au palais…


Adapté d'une histoire racontée par Shéhérazade dans ses Mille et une nuits pour échapper à la mort, Aladdin est une des plus belle histoires d'amour jamais écrites, celle d'un voleur qui réussit à charmer une princesse.
Après La Belle et la Bête et bientôt La Petite Sirène, Disney s'attaque à ce mythe en confiant la réalisation live action à Guy Ritchie. Arnaques, Crime et Botanique (et surtout Sting), Snatch, Sherlock Holmes... De belles prouesses tant au niveau de la mise en scène que du jeu d'acteur.
Ici, le film a pris certaines libertés par rapport au dessin animés : scènes supplémentaires (comme celle de la fête où l'on a une incroyable chorégraphie), histoire d'amour secondaire, etc. Le spectateur sera agréablement supris par ses changements qui apportent un complément à l'expérience live.

La vraie star d'Aladdin n'est pas le héros éponyme. Il s'agit surtout de retrouver Will Smith tel qu'on l'a adoré dans le Prince de Bel-Air. Le scénario comme le réalisateur lui ont laissé la part belle. Ses réparties, ses mimiques et ses mouvements sont exceptionnellement rendus dans les images de synthèse.
Par contre, il est dommage de voir que le méchant Vizir, quant à lui, a perdu de sa prestance. Ses dialogues sont bien loin d'atteindre l'esprit diabolique du personnage de dessin animé.
Jasmine, incarnée par Naomi Scott, a beaucoup plus de présence. La dimension féministe, même si elle est amenée avec "ses gros sabots", est à saluer. Chaque "gentil" a eu son rôle à jouer dans le dénouement final, et cela donne un résultat spectaculaire.

Si Disney a légèrement effacé la patte "Guy Ritchie", la chimie entre les héros et Will Smith ont probablement ravi le coeur du public !


Le film, édité par Disney DVD (la page Facebook), est sorti en DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 3D, Blu-Ray 4K UHD depuis le 27 septembre, ainsi qu'en VOD et EST.

Je vous invite à aller découvrir, sur Cinetrafic, les autres films Disney, ou, toute autre catégorie : toutes les séries françaises (c'est bientôt Halloween, c'est le moment de regarder Marianne !).

 

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08 octobre 2019

Par deux fois tu mourras, d'Eric Fouassier

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Présentation de l’éditeur :

Palais de Rouen, 569. Galswinthe, la jeune épouse de Chilpéric, l’un des trois petits-fils de Clovis, meurt étouffée dans sa chambre. Juste après, son assassin est retrouvé poignardé… Quatre ans plus tard, la sœur de Galswinthe, la reine Brunehilde d’Austrasie, est persuadée que toute la lumière n’a pas été faite sur cette tragique affaire. Elle charge Arsenius Pontius, un jeune lettré gallo-roman, de se rendre à Rouen pour enquêter en toute discrétion.

Sur place, Wintrude, une ancienne princesse thuringienne devenue esclave des Francs, lui apporte des informations essentielles. La jeune femme, indirectement mêlée au meurtre de Galwsinthe, a dû se placer sous la protection de l’Église pour échapper à des proches de Chilpéric, qui cherchent à la réduire au silence… Victime lui-même d’une tentative de meurtre, Arsenius apprend qu’un conflit est sur le point d’éclater entre Neustrie et Austrasie. Dès lors, Wintrude et lui n’ont plus le choix : ils doivent faire éclater la vérité avant que le jeu des trônes n’embrase toute la Gaule mérovingienne.


Mon avis :

On ne va pas se mentir, se rappeler de l'histoire de la France au temps des Gaulois n'est pas chose facile...
Le pays est divisé entre les petits-fils de Clovis, Sigebert, Chilpéric, et Guntramm. Ils enchaînent les guerres et les mariages de convenance, et l'on peut se perdre rapidement au milieu de ces intrigues de cours.

Eric Fouassier va tenter de lever le voile sur la mort mystérieuse de la deuxième épouse de Chilpéric, Galwsinthe. Il crée pour cela le personnage d'Arsenius, un jeune érudit mandaté par Brunehilde, soeur de la défunte et femme de Sigebert, pour enquêter sur le meurtre.
On vous a prévenu que ces histoires fratricides étaient compliquées... fort heureusement, l'auteur a eu la courtoisie de présenter les principaux personnages en préface.

Le meurtre est un détail de l'histoire, mais l'aventure sera riche en rebondissements !
Les batailles et les traquenards s'enchaînent et parmi eux naît une romance entre Arsenius et une jeune esclave au tempérament bien trempé.
Si l'écriture de l'auteur plonge le lecteur dans un univers médiéval riche en détails (botaniques pour les plantes qui soignent, culinaires, sensuels et militaires), elle pêche quand il s'agit de développer la grande histoire. Les points clés sont vite expédiés et on se retrouve vite à cours d'explications pour reconnaître les acteurs secondaires de l'intrigue.

En bref, Par deux fois tu mourras avait, comme nous le rappelait si souvent notre professeur d'histoire au lycée, un programme trop chargé ! L'impasse est faite sur le développement du contexte au profit de détails croustillants...

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07 octobre 2019

Atlantic City, de Joy Raffin

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Présentation de l’éditeur : 

Une ville : Atlantic City, New Jersey, États-Unis. Une date : le 22 septembre 2017.
7 h 55 : une nouvelle journée commence alors qu'un ouragan s'annonce et menace la ville tout entière. Clarence Gambino, clochard de son état, ouvre le bal d'un chassé-croisé de personnages en prêtant sa voix à des journalistes à la recherche d'un scoop. Suivront un présentateur de radio ringard affublé du ridicule pseudonyme de Richard Cheer, une secrétaire médicale malcommode, un médecin humaniste qui joue les Robins des Bois, une lycéenne en quête d'ailleurs... Des personnages cabossés – hommes, femmes, enfants –, aux destins singuliers mais hantés par le même horizon dévorant.


Mon avis :

Atlantic City a perdu le charme et le fast de ses belles années. Les casinos ferment un à un, et les boutiques souvenirs sur la plage n'ont plus de clients à qui vendre des gadgets cassés et poussiéreux.
L'ouragan annoncé est bien loin de faire paniquer les paumés des bas-quartiers et l'auteur axer son roman sur cette dernière journée de calme avant la tempête.
La lecture de ce livre pourrait en perturber plus d'un : les chapitres sont nombreux et très courts, égrainant les minutes avant l'apocalypse annoncée. Les personnages ne se connaissent pas vraiment, mais sont tous reliés entre eux.
Grâce aux dialogues réalistes et tranchants, couplés à des descriptions de toute beauté d'une ville oubliée, on se prend à déambuler sur le bord de mer en et ces instantanés sont comme une carte postale fanée perdues sur des rues désertées par ses commerces et habitants.
Ces quelques heures ont un charme particulier, et l'on se prend à espérer un avenir meilleur pour ceux que l'on a accompagnés, le temps de ces quelques deux cents pages...

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21 septembre 2019

La part du ciel, de Stéphanie Halperson

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Présentation de l’éditeur : 

A la fin de sa vie, Pauline s’était imaginé quitter la terre dans un épais brouillard. Esquisse d’une peur qui l’expédiait dans un gouffre inquiétant. Il n’en est rien. Légère, Pauline s’envole dans un tunnel étincelant à une vitesse vertigineuse. Mais au terme d’un voyage lumineux, Pauline ne peut rejoindre l’Origine. Il lui faut revisiter les étapes charnières de son existence : le chagrin d’une enfance volée, les amours cabossés, les coups infligés à ses proches pour étouffer la douleur. Parviendra-t-elle à consoler les coeurs meurtris pour consentir à son propre pardon ? Parviendra-t-elle à gagner l’Origine ?


Mon avis : 

Peut-on arriver sereinement dans l'au-delà après une vie d'histoires ratées et de non-dits ?
La part du ciel alterne étapes clés de la vie terrestre de Pauline et son chemin vers l'Origine, ce qui l'attend après la mort. A l'instar du purgatoire, les limbes sont peuplées par les âmes perdues, celles qui ne peuvent passer à autre chose.

Le roman n'est pas sans rappeler le film Au-delà de nos rêves, réalisé par Vincent Ward, avec Robin Williams. Le Paradis et l'Enfer y sont également différents de la vision manichéenne que l'on a d'eux. Se retrouver dans l'un ou l'autre est devenu un choix personnel.
Une écriture simple et une structure limpide, couplées à ce concept original, tendent la main au lecteur qui va accompagner l'héroïne dans son parcours. L'universalité des faits concernant Pauline donnent l'occasion de s'identifier à elle, et de remettre en doute, à notre tour les choix que l'on a faits.

Au final, La part du ciel n'est ni un roman sur la rédemption, ni un manuel de développement personnel. Il s'agit plutôt d'un pont entre la vie et les casseroles que l'on se traîne avant de passer l'ultime porte, une belle conclusion avant de passer à autre chose...

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20 septembre 2019

Zébu boy, d'Aurélie Champagne

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Présentation de l’éditeur : 

Madagascar, mars 1947, l'insurrection gronde. Peuple saigné, soldats déshonorés, ce soir, l'île va se soulever, prendre armes et amulettes pour se libérer. Et avec elle, le bel Ambila, Zébu Boy, fierté de son père, qui s'est engagé pour la Très Grande France, s'est battu pour elle et a survécu à la Meuse, aux Allemands, aux Frontstalags. Héros rentré défait et sans solde, il a tout perdu et dû ravaler ses rêves de citoyenneté. Ambila qui ne croit plus en rien, sinon à l'argent qui lui permettra de racheter le cheptel de son père et de prouver à tous de quoi il est fait. Ambila, le guerrier sans patrie, sans uniforme, sans godasses, sans mère, qui erre comme arraché à la vie et se retrouve emporté dans les combats, dans son passé, dans la forêt.


Mon avis :

Zébu boy dévoile une part sombre, cachée de la colonisation. Sommés de venir en métropole défendre la "Très Grande France" contre les allemands, les jeunes malgaches qui ont survécu à la seconde guerre mondiale ont été renvoyés au pays, sans honneurs, dépouillés.
Ambila l'invaincu a triomphé des zébus dans l'arène, s'est enfui d'un camp nazi, et vit désormais de petits trafiques en espérant reconstituer le cheptel de son père mort en son absence.
Il va se retrouver malgré lui au coeur de la révolte de Madagascar, celle qui conduira le peuple à retrouver un jour sa liberté, son indépendance.

Aurélie Champagne a entrepris un travail de mémoire éprouvant : les témoignages sont rares, une telle époque a été passée sous silence par les autorités coloniale, et nombreux sont ceux qui souhaiteraient voir cette époque oubliée.
La tâche de raconter la grande histoire par le biais d'une petite était donc ardue. Il ne s'agissait pas de broder autour de faits avérés, de tomber dans le cliché et donc dans l'anonymat pour les personnages, ni de donner dans le pathos larmoyant.
Alors elle a suivit la trace d'un héros revenu de tous les combats. L'écriture s'imprègne de ce qui fait l'âme de l'île : les odeurs, les sons, la chaleur, les traditions et superstitions renaissent sous la plume de l'auteur, poétique et pourtant dure.
La magie de Zébu boy réside dans le fait que plusieurs lectures de certains passages seront nécessaires pour comprendre l'entièreté de se qui s'y déroule. L'horreur s'efface sous les apparences d'un voyage onirique, le passé se superpose au présent.

En bref, ce roman passionnera les férus d'histoire, charmera les amoureux des belles lettres, et conquerra bien des coeurs...

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18 septembre 2019

Edith, en chemin vers son rêve

Edith

 

A la mort de son mari, Edith est condamnée à rentrer en maison de retraite. Sa maison est vendue, et quand elle fait ses cartons, elle tombe sur une vieille carte postale du Mont Suilven , en Ecosse.
Elle qui a dû supporter l’immobilisme de son mari, ne peut se résoudre à abandonner ce rêve qu’elle avait fait avec son père de grimper au sommet.
Edith laisse tomber les projets de retraite de sa fille et fait ses bagages pour les Highlands.

L’Ecosse sauvage est une contrée bien dure pour une petite vieille de 83 ans. L’accent est mis au début du film sur son côté acariâtre de cette grand-mère qui n’écoute personne. Elle a un vieux sac-à-dos dans lequel elle fourre un équipement obsolète de randonnée.
On craint bien sûr pour elle, et surtout pour ce qui l’attend. L’ascension est quasiment impossible pour une grand-mère de son âge, et l’on se prend à sourire  quand le vendeur de matériel out-door lui extorque de l’argent pour la préparer à l’aventure.

Le film souligne de nombreux détails qui nous font croire en l’échec de cette équipée. La dame est tremblotante dans les gestes les plus simples, elle surjoue même la vieillarde dans certaines scènes (à croire qu’elle n’a jamais ouvert une canette de bière). Bref, tout pousse le spectateur à  croire en sa défaite, et la caméra est loin d’être tendre avec la comédienne Sheila Hancock enchaînant les gros plans sur ses rides et son corps âgé.
Étonnamment, le personnage de Jonny, joué par Kevin Guthrie, ne donne pas dans l’apitoiement. Le scénario nous offre un duo bien différent de ce à quoi on s’attendait. Le jeune homme ne va pas devenir un ange-gardien omni-présent qui va lui tenir la main tout au long de l’aventure, et Edith ne va pas devenir la grand-mère gâteau qui va le sauver de la ruine.

L’Ecosse est mise en avant par une photographie large pour la beauté des paysages, et resserrée pour souligner ses détails « humides » (la rosée sur les fleurs, ou la bourbe dans laquelle on perd facilement ses chaussures).
Ses habitants ne sont pas idéalisés, entre l’ami de Jonny qui essaye d’arnaquer la petite vieille et les moqueries qu’elle va subir de la part des habitants du petit village.

Bref, malgré une fin un peu abrupte, Edith est un petit bijou de développement personnel, un  film sur le dépassement de soi, le dépassement des préjugés face à la vieillesse. La vie ne se termine pas à la retraite, et même si l’on n’est plus en forme, ni au goût du jour, tout n’est pas fichu.

Et si vous vous dites, « tout est exagéré, faux, c’est un film »… pour la petite histoire, Sheila Hancock, l’actrice qui joue Edith, a vraiment fait l’ascension complète du Mont Suilven , elle est d’ailleurs la plus vieille femme à avoir accompli cet exploit… à 84 ans !

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10 septembre 2019

Lovecraft Country, de Matt Ruff

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Présentation de l’éditeur :

Chicago, 1954. Quand son père, Montrose, est porté disparu, Atticus, jeune vétéran de la guerre de Corée, s'embarque dans une traversée des États-Unis aux côtés de son oncle George, grand
amateur de science-fiction, et d'une amie d'enfance. Pour ce groupe de citoyens noirs, il est déjà risqué de prendre la route. Mais des dangers plus terribles les attendent dans le Massachusetts, au manoir du terrible M. Braithwhite... Les trois comparses retrouvent en effet Montrose enchaîné, près d'être sacrifié par une secte esclavagiste qui communique avec des monstres venus d'un autre monde pour persécuter les Noirs. C'est la première de leurs péripéties...
Dans l'Amérique ségrégationniste, Atticus et ses proches vont vivre des aventures effrayantes et échevelées, peuplées de créatures fantastiques et d'humains racistes non moins effroyables.


Mon avis :

Ah... La si belle Amérique des années 50... Happy Days, le rockabilly, les soutien-gorges pointus, Grease, les table en formica sur un carrelage damier noir et blanc... ça fait rêver, hein ?
Et bien, pour beaucoup, ce fut un cauchemar. Libérés de fraîche date (moins d'une centaine d'années), les Noirs ne sont toujours pas intégrés à la société américaine. La ségrégation bat son plein, et il ne fait pas bon traverser certains états sudistes du pays.
Si vous ajoutez à cela une secte franc-maçonnique qui donne dans la sorcellerie et des cadeaux qui se révèlent être des pièges, vous obtiendrez un roman assez particulier.

La construction de Lovecraft Country est aussi étrange que son contenu. Loin d'être une histoire linéaire, il s'agit plutôt d'un livre à sketches. CHaque chapitre aborde une aventure mêlant dénonciation de la ségrégation raciale et horreur, voire science-fiction.
On peut vite se perdre au milieu des nombreux personnages et rebondissements qui parsèment le roman, mais le propos est intéressant et l'univers se prête aux aventures rocambolesques.

La conclusion est assez abrupte et la morale de l'histoire convenue, mais Lovecraft Country a le mérite d'offrir une vision originale de la ségrégation qui sévit malheureusement encore aux États-Unis.

HBO a acheté les droits d'adaptation, et une série télévisée a vu le jour cette année, avec Jonathan Majors, Jurnee Smollett-Bell et Wunmi Mosaku dans les rôles principaux, Jordan Peele (Get Out) et J.J. Abrams à la production. A voir de toute urgence, donc !

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