Antigone l'Insoumise
Après Eschyle, Sophocle, Racine, Cocteau, Bertolt Brecht, Marguerite Yourcenar, et j'en passe... Jacques Cassabois s'occupe du cas d'Antigone.
Le premier contact que j'ai eu avec cette demoiselle un peu revêche, c'était au tout début du collège. Non, je n'ai pas eu à l'étudier en cours, et je n'ai pas non plus eu la super idée d'en faire une lecture personnelle.
C'était en 19... et des poussières, à la fin de l'année scolaire... La classe de mon frère avait monté la pièce de Jean Anouilh, et il y jouait un garde un peu froussard. Et tout ce que j'ai trouvé à dire à la fin, c'était : "Ouah ! Trop cool ! Elle se fait emmurer vivante !"
Depuis, mon envie de lire cette pièce n'a pas faibli, mais je n'ai jamais pris le temps, ou je ne suis jamais tombée dessus au bon moment. Mais là, quand on m'a envoyé l'interprétation qu'en a fait Jacques Cassabois, je n'ai pas attendu très longtemps avant de me plonger dedans.
Grèce. Antique.
Antigone fait partie d'une famille à problèmes. Son grand-père, Laïos, a appris par l'oracle que son fils le tuerai un jour. Alors il décide de prendre les devants : il transperce les pieds de son fils nouveau né et l'abandonne sur une montagne (quelle bonne idée pour tuer un bambin, non ?). Mais Oedipe s'en sort et est élevé par un roi qui garde le secret sur sa naissance. Il tue par hasard son vrai père et épouse sa mère, Jocaste, à qui il fera 4 beaux enfants. Mais quand il apprend qu'il n'a pas réglé son complexe, il se crève les yeux et part en exile avec sa fille Antigone.
Après la mort d'Oedipe, à Thèbes, c'est un peu le bordel : Jocaste s'est suicidée, et les deux frères d'Antigone, Etéocle et polynice, s'entretuent pour le trône, sous l'oeil bienveillant de Tonton Créon.
Comme Etéocle était le souverain temporaire de Thèbes, Polynice est déclaré traitre, et Créon ordonne que l'on n'enterre pas son cadavre et qu'on le laisse pourrir à l'air libre. Antigone va alors discrètement essayer de lui offrir une sépulture à peu près descente (je crois me souvenir que lors de la pièce de théâtre de mon frère, la nana se sert d'une pelle et d'un sceau d'enfant... c'était un choix assez glauque), mais se fait griller par les gardes. Elle est condamnée à être emmurée vivante dans un tombeau. Comme les catholiques se faisaient bouffer par des lions à l'époque, le suicide n'était pas encore considéré comme sacrilège. Alors elle se pend. Son fiancé et fils de Créon, s'auto-tue aussi, la femme de Créon se tranche la gorge. Bref, il a tout gagné le pépé.
J'adore cette histoire. C'est une sacrée morale pour quiconque voudrait être un petit peu trop orgueilleux, parce que dans le roman, tout ceux qui le sont y passent.
Après s'être attaqué à Jeanne d'Arc et d'autres mythes historiques, Jacques Cassavois a écrit son récit de manière très imagée et réaliste (le présent aidant beaucoup), et, même si l'on se doute de comment cela va finir, on ne peut s'empêcher de tourner les pages pour voir si, dans son infinie miséricorde, il a accordé la grâce à Antigone. Et non, Créon est bien un crevard.
Même si le roman a été choisi pour traiter de la fin d'Antigone, l'auteur y a inclus les célèbres chants antiques, tristes, moralisateurs et si beaux. Un pied dans le passé, un dans le présent. Un pied dans la tombe, et un pour rester à jamais dans l'histoire.
Pour finir, j'en conclue deux choses : les Grecques tournent tout à la tragédie et punissent la consanguinité sur plusieurs générations, et mon frère aurait pu faire carrière pour jouer des rôles de couards.
Je tiens à remercier Cécile, des Editions Black Moon pour n'avoir pas abandonné le fait de me faire apprécier un autre livre de Jacques Cassabois ! Parce que oui, j'avoue, je n'avais que moyennement aimé Jeanne. J'ai honte maintenant.
