le_cercle_litteraire_des_amateurs_depluchures_de_patates1Dans le cadre d'une lecture commune avec Livreaddict, je me suis motivée pour recommencer Le Cercle Littéraire des Amateurs d'épluchures de Patates, de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows.
Je l'avait abandonné, à la page 50, faute d'avoir réussi à rentrer dedans. Les romans épistolaires m'ont toujours gonflée.
Ici, on assiste à un échange de courriers post-seconde guerre mondiale entre Juliet, écrivain à la recherche d'inspiration, et des habitants de l'île de Guernesey. Elle apprend qu'ils ont fondé un club littéraire, celui des amateurs de tourtes aux épluchures de patates, ceci afin de planquer aux yeux des occupants allemands le fait qu'ils se délectés d'un cochon en période de disette.

Suite à ma première déconvenue, je me suis forcée à reprendre le livre en main, mais sans toutefois avoir le courage de le recommencer depuis le début (pour une LCA comblée par les arrivées de livres en pagaille pour diverses partenariats, 50 pages, c'est le mont Everest à escalader).
Et là, je n'ai eu aucun mal à apprécier cette lecture. Peut-être qu'avant, ce n'était pas le moment, l'instant idéal pour aborder cette histoire... pourtant il ne s'est passé que quelques semaines entre l'échec, et l'essai transformé.
Je me suis délectée de ce livre, le seul qui ait réussi (avec Beignets de Tomates Vertes) à me faire passer des larmes au rire en l'espace d'une dizaine de pages.

Ces lettres sont baignées d'une belle simplicité, que ce soit la vieille harpie qui dénonce les petits travers de ses voisins, ce pour quoi on ne les aime que plus, le fermier timide qui aime lire du Charles Lamb allongé dans son foin...
Tout tourne autour du mystère qui plane sur le destin d'Elizabeth, fondatrice du club, arrêtée par les Allemands pour avoir protégé un travailleur juif, elle, qui a aimé un officier allemand et qui a eu une petite fille avec lui, désormais élevée par tous les insulaires.

Aller, une petite lettre pour vous faire saliver :

"Chère Miss Ashton,
On m'a parlé de vous. J'ai jadis appartenu au cercle littéraire en question, mais je parie qu'aucun d'eux ne vous a parlé de moi. Je n'ai jamais lu d'auteur mort. Je n'ai lu qu'une oeuvre : la mienne. Mon livre de recettes de cuisine. J'ose prétendre que mon ouvrage a fait couler plus de larmes que tous les romans de Charles Dickens réunis.
J'avais choisi de leur lire un passage sur la manière correcte de rôtir un cochon de lait. "Beurrer la petite carcasse et laisser les jus de cuisson s'écouler et faire grésiller le feu", ai-je lu de telle sorte que vous pouviez sentir le cochon rôti et entendre sa chair craquer sous la dent. Je leur ai décrit mes gâteaux à cinq couches - contenant une douzaine d'oeufs -, mes bonbons au sucre filé, mes crottes en chocolat parfumées au rhum, mes génoises à la crème onctueuse. Des pâtisseries confectionnées avec de la bonne farine blanche, et non avec la farine noire grossière ou les graines pour oiseaux écrasées que nous utilisions à l'époque.
Eh bien, croyez-le ou non, ils n'ont pas pu le supporter. L'évocation de mes mets savoureux les a poussés à bout. Isola Pribby - qui de toute façon n'a jamais eu aucun savoir-vivre - s'est écriée que je la torturais et m'a menacée de jeter un sort à mes casseroles. Will Thisbee m'a souhaité de flamber en enfer, comme mes cerises "jubilé". Puis Thompson Stubbins a commencé à pester contre moi et il a fallu que Dawsey et Eben s'y mettent à deux pour m'entraîner en lieu sûr.
Eben m'a appelée le lendemain pour s'excuser de leurs mauvaises manières. Il m'a demandé de me rappeler que la plupart des membres du Cercle se rendaient aux réunions juste après avoir dîné d'une soupe de navets (sans os à moelle), ou de patates à demi cuites sur un plat à four (ne disposant d'aucune graisse pour les frire). Il en a appelé à ma tolérance et m'a priée de leur pardonner.
C'était au-dessus de mes forces. Ils m'avaient insultée. Il n'y avait aucun véritable amoureux de littérature parmi eux. De la pure poésie dans une casserole, voilà ce que je leur offrais. Je crois qu'ils s'ennuyaient tellement avec le couvre-feu et les autres vilaines lois nazies que ce cercle n'était qu'un prétexte pour passer une soirée dehors. Ils ont choisi la lecture comme ils auraient pu choisir autre chose.
Je veux que votre article rétablisse la vérité sur ces gens. ils n'auraient jamais ouvert un seul livre si Guernesey n'avait pas été OCCUPEE. Je pèse mes mots, vous pouvez me citer.
Je m'appelle Clara S-A-U-S-S-E-Y. Trois S en tout."

Une lecture cocooning à déguster accompagnée d'un thé ou d'un chocolat chaud. Avec des muffins, évidemment.